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Publié le 2026-09-19 · Mis à jour le 2026-09-19

Prendre sa retraite à Tanger quand on est français

La mer, le détroit, un coût de la vie inférieur à celui de la France : Tanger attire des retraités français. Mais avant de faire ses cartons, trois questions décident de tout : où payer l’impôt sur sa pension, comment rester couvert pour sa santé, et comment continuer à être payé. Voici les réponses, tirées des textes officiels.

Ce guide donne les règles générales. Chaque situation (pensions multiples, revenus restés en France, résidence partagée) mérite d’être confirmée auprès de l’administration fiscale ou d’un conseiller avant le départ.

1. L’impôt sur votre pension : la règle de la convention

La France et le Maroc sont liés par une convention fiscale. Son article 17 est clair : les pensions et les rentes viagères ne sont imposables que dans l’État où le bénéficiaire a son domicile fiscal. Le Bofip, la doctrine de l’administration fiscale française, en tire la conséquence : les pensions versées depuis la France à une personne domiciliée au Maroc cessent d’être imposables en France.

La règle vaut aussi pour les pensions de la fonction publique : l’article de la convention qui réserve à l’État payeur les rémunérations publiques (article 18 bis) exclut expressément les pensions.

Tout repose donc sur votre domicile fiscal. Le Code général des impôts marocain (article 23) considère qu’une personne a son domicile fiscal au Maroc lorsqu’elle y a son foyer d’habitation permanent, le centre de ses intérêts économiques, ou lorsque ses séjours au Maroc dépassent 183 jours sur toute période de 365 jours. Si vous avez un foyer dans les deux pays, la convention (article 2) tranche : c’est l’État où se trouve le centre de vos activités professionnelles, et à défaut celui où vous séjournez le plus longtemps.

Concrètement : un retraité qui s’installe réellement à Tanger, y vit l’essentiel de l’année et y a son logement principal déclare sa pension au Maroc. Celui qui garde sa maison en France et passe l’hiver à Tanger reste, en principe, imposable en France.

2. Ce que vous paierez au Maroc

Deux mécanismes du Code général des impôts marocain allègent fortement l’impôt sur une pension de source étrangère :

  • Un abattement forfaitaire (article 60) : 70 % sur la part de la pension brute qui ne dépasse pas 168 000 DH par an, 40 % au-delà. Seul le reste entre dans le revenu imposable.
  • Une réduction de 80 % de l’impôt (article 76), pour la part de l’impôt qui correspond aux sommes transférées au Maroc à titre définitif en dirhams non convertibles. Autrement dit : la pension doit être rapatriée et convertie, pas laissée sur un compte en devises.

Pour bénéficier de la réduction, il faut joindre à la déclaration annuelle de revenus (article 82-III) une attestation de versement des pensions établie par la caisse, et une attestation de la banque indiquant le montant reçu en devises et sa contre-valeur en dirhams au jour du transfert. Gardez ces pièces de chaque virement : c’est votre dossier fiscal.

À noter : l’exonération des pensions prévue par l’article 57-27° du même code vise les régimes de retraite marocains. Elle ne s’applique pas à une retraite française.

Pour ouvrir le bon compte et organiser les virements, voir notre guide pour ouvrir un compte bancaire au Maroc.

3. La santé : l’inscription à la CNSS avec le formulaire SE 350-07

La convention franco-marocaine de sécurité sociale permet à un retraité d’un régime français d’être couvert au Maroc au titre de sa retraite française, s’il n’a pas de droits propres au régime marocain. La démarche, décrite par le Cleiss :

  1. Demandez le formulaire SE 350-07 à la caisse qui verse votre retraite de base. Pour le régime général, c’est l’Assurance retraite (Cnav), via un questionnaire à transmettre depuis votre espace personnel. Pour une pension civile ou militaire de l’État, c’est la direction des finances publiques qui gère les retraités à l’étranger (DSFIPE, à Nantes).
  2. Inscrivez-vous à l’agence CNSS de votre lieu de résidence au Maroc, avec les ayants droit qui vivent avec vous. Vos soins sont alors remboursés selon la législation marocaine.

Lors de vos séjours en France, vos soins restent pris en charge par l’Assurance maladie : le Maroc fait partie des pays dont la convention le prévoit. Deux limites à connaître :

  • au-delà d’un mois d’hospitalisation, la prise en charge suppose une reconnaissance préalable de la nécessité de poursuivre les soins ;
  • le conjoint qui vit avec vous au Maroc et vous accompagne en France n’est pas couvert par le régime français pendant ce séjour : le Cleiss lui conseille une assurance soins et hospitalisation.

Les prélèvements sur votre pension changent. Si votre résidence fiscale n’est plus en France, vous ne payez plus la CSG, la CRDS ni la Casa. À la place, une cotisation d’assurance maladie est retenue, en règle générale de 3,2 % sur la retraite de base et 4,2 % sur la complémentaire (7,1 % pour une retraite d’indépendant).

Vous pouvez ajouter une couverture complémentaire, par exemple la Caisse des Français de l’étranger (CFE) ou une assurance privée. Pour les hôpitaux, les cliniques et les tarifs de consultation à Tanger, voir notre guide santé et assurance.

4. Continuer à être payé : le certificat de vie

En résidant à l’étranger, vous devez justifier chaque année de votre existence auprès de vos caisses de retraite pour continuer à percevoir votre pension. L’Assurance retraite permet de transmettre ce certificat de vie en ligne, depuis votre espace personnel. Notez la date dans votre agenda : un certificat oublié peut suspendre les paiements.

5. Le séjour et le budget

La checklist du retraité avant le départ

  1. Déterminer où sera votre domicile fiscal, et prévenir l’administration fiscale française de votre départ.
  2. Demander le formulaire SE 350-07 à chaque caisse de retraite de base.
  3. Ouvrir un compte bancaire au Maroc et faire virer la pension en dirhams, avec les attestations de chaque transfert.
  4. Déclarer votre pension au Maroc avec l’attestation de la caisse et celle de la banque, pour obtenir la réduction de 80 %.
  5. Noter chaque année la date du certificat de vie.
  6. Choisir une complémentaire santé, en pensant au conjoint lors des séjours en France.

Questions fréquentes

Où est imposée la retraite française d’un Français qui vit à Tanger ? Selon l’article 17 de la convention fiscale franco-marocaine, les pensions et rentes viagères ne sont imposables que dans l’État où le bénéficiaire a son domicile fiscal. Le Bofip en conclut que les pensions versées de France à une personne domiciliée au Maroc cessent d’être imposables en France.

Combien d’impôt paie-t-on au Maroc sur une retraite française ? Le Code général des impôts marocain applique un abattement de 70 % sur la pension brute jusqu’à 168 000 DH par an, et de 40 % au-delà (article 60). S’y ajoute une réduction de 80 % de l’impôt correspondant aux sommes transférées à titre définitif en dirhams non convertibles (article 76).

Comment se soigner au Maroc avec une retraite française ? Votre caisse de retraite française vous délivre le formulaire SE 350-07, qui permet de vous inscrire, avec les ayants droit qui résident avec vous, auprès de la CNSS pour être remboursé des soins au Maroc selon la législation marocaine. Lors de séjours temporaires en France, vos soins restent pris en charge par l’Assurance maladie.

Sources

Consultées le 19 septembre 2026.

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